Six forces influençant les infrastructures portuaires et maritimes
En bref
Les ports se modernisent, mais transforment également leur façon de mener leurs activités.
Des stratégies de financement à la réhabilitation environnementale, le secteur maritime fait face à des contraintes qui réinventeront les infrastructures côtières des prochaines décennies. Les subventions fédérales sont moins prévisibles, la demande en électricité pour les opérations carboneutres devrait se multiplier par cinq ou six, et les politiques commerciales changent plus rapidement que les échéanciers des infrastructures ne peuvent se le permettre.
L’avenir est déjà en train de se former.
Qu’il s’agisse de terminaux qui manipulent des carburants alternatifs ou de modèles d’exécution qui compriment les échéanciers des projets, les décisions prises aujourd’hui définiront la prochaine génération d’infrastructures maritimes. Les possibilités sont claires : s’adapter rapidement, construire avec souplesse et planifier stratégiquement. De cette manière, les ports resteront concurrentiels, peu importe ce que l’avenir leur réserve.
Voici six éléments qui influencent les infrastructures portuaires et maritimes.
1. Les stratégies de financement doivent s’adapter à la réalité politique
Les subventions fédérales sont devenues moins prévisibles et la capacité d’emprunt a ses limites.
Le risque d’effondrement du château de cartes est réel lorsque les ports ajoutent plusieurs sources de financement sans préparer de plan d’urgence. Les ports qui obtiennent du succès cherchent d’autres sources que les programmes fédéraux traditionnels. Ils établissent des partenariats stratégiques avec des exploitants privés et tirent profit des programmes d’État qui comblent les écarts laissés par le fédéral.
Lorsque les infrastructures sont enfin opérationnelles, le paysage politique pourrait avoir complètement changé. Le financement résilient qui continue de fournir des fonds malgré les changements d’administration deviendra tout aussi important que les projets eux-mêmes.
2. Les marchés financiers passent de la « croissance » à la « protection »
Les modèles traditionnels de financement portuaire atteignent leurs limites.
Selon les prévisions, la demande en électricité pour les opérations carboneutres devrait se multiplier par cinq ou six, alors que la maintenance reportée crée des risques financiers et de sécurité qui ne peuvent plus être ignorés. Les fonds auparavant réservés aux projets d’agrandissement sont maintenant transférés à la protection des actifs existants.
Les ententes d’infrastructures à la demande renversent les modèles traditionnels de financement, ce qui permet aux ports de se moderniser sans assumer le fardeau complet de la mise de fonds initiale. Les ports épanouis seront ceux qui maîtrisent les structures novatrices de partenariat et maintiennent la qualité de leurs infrastructures.
3. Les terminaux gaziers ont besoin d’approches de conception complètement nouvelles
Les carburants alternatifs propres influencent les exigences de conception des terminaux.
Les terminaux d’ammoniac, d’hydrogène, de méthanol et de carburant d’aviation durable émergent rapidement, mais il n’existe aucune norme de conception cohérente. La technologie de terminal flottant, conçue pour résister aux conditions extrêmes, offre des solutions lorsque les infrastructures fixes traditionnelles sont confrontées à des coûts exorbitants ou à des défis réglementaires.
Le projet REEF d’AltaGas en Colombie-Britannique démontre comment des systèmes d’amarrage multiples et novateurs peuvent grandement réduire les coûts d’investissement et permettre une manipulation sécuritaire des marchandises délicates. La convergence de la réglementation environnementale, des avancées technologiques et de la demande du marché fait en sorte que les infrastructures pour les carburants alternatifs sont des éléments déterminants de la transition énergétique maritime.
4. La volatilité des politiques commerciales exige des infrastructures flexibles
Les investissements dans les infrastructures portuaires suivent des échéanciers de 30 à 50 ans, mais les politiques commerciales peuvent changer en un tournemain.
Cet important décalage rend les décisions au sujet du capital plus difficiles. L’annulation récente de projets d’éoliennes en mer d’une valeur de 679 M$ a laissé des ports de petite et de moyenne taille en plan avec leurs infrastructures terminées qui pourraient devenir des actifs irrécupérables, ce qui illustre à quel point le changement rapide des politiques peut nuire à des investissements soigneusement planifiés.
Des terminaux polyvalents qui demeurent résilients, peu importe l’évolution des politiques et des priorités d’investissements, deviennent la solution. Les tendances commerciales en Amérique du Nord passent des routes nord-sud à des corridors est-ouest, alors que les ports nationaux observent une attention renouvelée grâce à des initiatives comme le programme des autoroutes bleues (Blue Highways) de la ville de New York.
5. La réhabilitation environnementale s’intègre à la modernisation
Les ports sont confrontés à un défi double : moderniser leurs infrastructures vieillissantes et assurer la gestion de la contamination environnementale provenant de décennies d’utilisation industrielle.
L’arsenic des sédiments dragués et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) exigent une gestion attentive lors des mises à niveau des infrastructures à l’aide de plans de gestion des sols, de protocoles de déshydratation et de mesures de surveillance de la qualité de l’air. Les approches en matière de gestion des risques s’avèrent souvent plus pratiques qu’une réhabilitation physique lorsque les coûts ou les répercussions sur les activités rendent un nettoyage complet impossible.
Port Everglades a remplacé 2,7 km (9000 pieds linéaires) de cloisons vieillissantes en eau profonde, en plus d’assurer une gestion de la contamination des sols et d’intégrer à la conception une élévation du niveau de la mer de 1,3 m (4,36 pi) d’ici 2095. Il est ainsi possible de mettre en place des infrastructures vertes, des mesures de protection contre les crues, des mesures d’efficacité énergétique et des technologies intelligentes en plus d’assurer une réhabilitation environnementale.
6. Les modèles d’exécution collaborative compriment les échéanciers et assurent une gestion des risques
Le modèle traditionnel de conception-soumission-construction laisse tranquillement sa place aux approches d’exécution collaborative qui conviennent mieux aux projets portuaires complexes.
Ces modèles d’exécution collaborative proposent une compression des échéanciers en chevauchant les étapes de conception et de construction, une certitude de coût grâce à des engagements en amont pour l’établissement des prix, et une meilleure répartition des risques entre les propriétaires et les entrepreneurs. La consultation de l’entrepreneur en amont, lors du processus de conception et d’obtention des permis, permet de développer des méthodes réalistes, ce qui réduit les reprises qui entraînent des délais et des frais.
Le modèle traditionnel de conception-construction se trouve parmi les méthodes d’exécution collaborative les plus populaires. Toutefois, certains grands entrepreneurs ont arrêté de soumettre des propositions de conception-construction à prix fixe en raison d’inquiétudes liées aux risques. C’est pourquoi les approches, entre autres, de conception-construction progressive ou de gestion de la construction à risque (GCAR) gagnent en popularité. La planification portuaire stratégique et les outils d’analyse des données permettent de mieux comprendre les tendances en matière de mouvement des marchandises dans le port. De plus, l’exécution collaborative offre de la flexibilité lorsque les renseignements sur le marché s’améliorent.
L’avenir des infrastructures maritimes
Dans ce contexte d’évolution rapide, le succès d’un port dépendra de l’atteinte d’un équilibre entre les besoins opérationnels immédiats et les investissements en infrastructures à long terme dans le cadre d’un environnement de politiques volatiles.
La convergence des initiatives de production manufacturière nationale, des solutions de transport novatrices et de la conception d’infrastructures flexibles met les ports avant-gardistes en bonne position pour connaître du succès, peu importe l’orientation des politiques de commerce international.
Le succès exige l’adoption de mesures d’adaptation en plus de continuer d’accorder une importance à la qualité et à la résilience fondamentales des infrastructures.