Plaidoyer pour les infrastructures bleues et vertes
La prédominance de surfaces dures et imperméables dans les zones urbaines modifie le cycle hydrologique. Les eaux de ruissellement s’écoulent beaucoup plus rapidement vers nos cours d’eau sur ces surfaces en transportant des polluants, ce qui diminue la qualité de l’eau et appauvrit les écosystèmes aquatiques. Le manque d’espaces verts et d’éléments naturels a aussi un effet négatif sur la santé mentale et physique de nos communautés.
Le concept des infrastructures bleues et vertes (IBV) représente une approche durable à l’aménagement urbain, qui accorde la priorité à la protection, à l’amélioration et à la remise en état des écosystèmes, des paysages et des cours d’eau existants. Ces infrastructures comportent des aspects vivants (« verts ») et assurent une gestion de l’eau (« bleu »).
L’utilisation de solutions d’IBV constitue une autre approche qui pourrait nous aider à obtenir des résultats plus résilients pour nos communautés. Ce n’est pas une nouvelle idée, les IBV existent depuis plusieurs décennies. Elles sont assez présentes à Auckland et à Waikato en Nouvelle-Zélande, mais leur application n’est pas encore généralisée.
L’approche et ses résultats correspondent bien aux aspirations liées à une gestion plus globale et intégrée de l’eau, encadrée par les principes établis dans la politique nationale en matière de gestion de l’eau douce ainsi que par les principes fondamentaux du processus de la réforme sur l’eau.
Alors, qu’est-ce qui nous retient d’utiliser ces approches partout? Voici quelques défis potentiels :
- Manque de direction nationale et régionale
- Manque de connaissances, d’expérience et de capacités
- Rareté de données de confiance sur le rendement
- Incertitudes liées au coût et à la valeur
- Actifs dispersés
- Propriétaires multiples
- Manque d’approches éprouvées en gestion des actifs
Ces perceptions sont répandues en Aotearoa (Nouvelle-Zélande) ainsi qu’à l’international. Toutefois, il existe de plus en plus d’exemples de réussite desquels tirer des leçons pour surmonter ces défis.
La Ville de Vancouver, en Colombie-Britannique au Canada, est un bel exemple d’une municipalité qui prend des initiatives proactives pour favoriser l’adoption des IBV. En 2019, la Ville a adopté une stratégie en matière d’eaux pluviales (Rain City Strategy) qui présente sa vision ambitieuse de devenir une ville sensible à l’eau et de traiter l’eau de pluie comme étant une ressource précieuse. Cette stratégie comporte trois objectifs principaux : améliorer la qualité de l’eau et de vie ainsi que la résilience à l’aide de meilleurs écosystèmes naturels et urbains. En plus de ces objectifs ambitieux, la Ville a établi des cibles mesurables, notamment capturer et nettoyer au moins 90 % des précipitations moyennes annuelles de Vancouver, et assurer la gestion des eaux pluviales urbaines de 40 % des secteurs imperméables de la ville d’ici 2050. La Ville a également rédigé un plan pour moderniser 10 % de toutes ces surfaces imperméables actuelles pour veiller à la gestion des eaux de pluie à l’aide d’IBV.
Pour atteindre cet objectif, la Ville prévoit qu’elle devra passer de 283 actifs d’IBV à 10 000 actifs de ce type d’ici 2050. Elle a donc créé la Direction des infrastructures vertes (DIV) pour diriger cette initiative. Cette direction s’est approprié les actifs existants (auparavant gérés par 9 directions différentes) en plus d’assumer la responsabilité des nouveaux actifs. Cette transition a engendré des difficultés, notamment le besoin de simplifier la gouvernance ainsi que les activités d’exploitation et d’entretien (y compris les ressources financières et humaines) de ces actifs existants, en plus de prévoir les investissements pour un grand nombre de nouveaux actifs d’IBV.
Pour concrétiser les avantages des IBV et surmonter les défis liés à l’évolution d’un tel programme, la Ville de Vancouver a élaboré un programme stratégique de gestion des actifs d’infrastructures vertes. Plus particulièrement, la DIV a collaboré avec GHD pour mieux comprendre les actifs existants dont elle avait maintenant la charge (notamment les coûts du cycle de vie de ces actifs). GHD a également aidé la DIV à développer un cadre évolutif qui peut être mis à l’échelle de manière durable (et qui tient compte des capacités en matière de ressources humaines et financières).
Ce cadre évolutif comprend des niveaux de service, un modèle de prestation de services, des structures de gouvernance ainsi qu’une stratégie financière. Pour accomplir ceci, le travail de GHD visait notamment la détermination des contraintes et des exigences qui auront un impact sur les services d’IBV de la ville; des services nécessaires; de la manière de fournir ces services; des personnes responsables de veiller à la prestation des services; de la gestion des coûts à court et à long terme liés aux actifs actuels et futurs; et du suivi du rendement du service. Ce processus comprenait des examens de données, des entrevues et des ateliers avec le personnel de la Ville et le personnel de villes comparables, ainsi qu’une modélisation financière.
Une des principales leçons tirées de ce processus était que la gestion des actifs d’IBV est une pratique émergente, particulièrement au niveau stratégique. La gouvernance des actifs d’IBV est souvent complexe, de nombreuses parties différentes ayant un intérêt dans le financement et la gestion du déploiement, de l’exploitation, de l’entretien et de la surveillance des actifs. Alors que certaines municipalités se débrouillent bien avec la gestion au niveau opérationnel, aucune municipalité n’assure une telle gestion au niveau stratégique et de prise de décisions.
Les IBV comportent de nombreux avantages, non seulement en matière de gestion de l’eau, mais aussi en lien avec l’amélioration de la communauté, des valeurs sociales et culturelles, et de la santé. Les résultats du processus entrepris par la Ville de Vancouver offrent un exemple pour les autres municipalités en matière de planification stratégique, d’établissement d’objectifs, de financement et de gestion des actifs d’IBV à long terme, en plus de permettre à d’autres de bien comprendre les retombées qu’offrent ces actifs.