Le GNR comme solution à un défi invisible

Amérique du Nord
Auteur: Amir Ghasdi
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En bref

Nous nous sommes entretenus avec le nouveau responsable du GNR chez GHD, Amir Ghasdi, pour connaître son point de vue sur l’importance du GNR dans la transition énergétique, les obstacles à l’adoption généralisée du GNR, et les coûts reliés à son intégration aux réseaux de gaz naturel alors que nous continuons notre parcours vers la carboneutralité.

Nous nous sommes entretenus avec le nouveau responsable du GNR chez GHD, Amir Ghasdi, pour connaître son point de vue sur l’importance du GNR dans la transition énergétique, les obstacles à l’adoption généralisée du GNR, et les coûts reliés à son intégration aux réseaux de gaz naturel alors que nous continuons notre parcours vers la carboneutralité.

Pour que les gouvernements et les entreprises remplissent l’objectif de l’Accord de Paris d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, nous devons réduire de façon collective l’intensité du carbone et des émissions dans tous les secteurs de l’industrie. Le gaz naturel renouvelable (GNR), un combustible propre, abordable et fiable dérivé de matières résiduelles, joue un rôle important dans cette transition en utilisant du méthane pour approvisionner en énergie des résidences, des commerces et des véhicules, plutôt que d’être relâché dans l’atmosphère. Il peut également servir de matière première pour la production d’autres combustibles à faible teneur en carbone comme l’hydrogène et, de manière générale, remplacer le gaz naturel conventionnel en tant que combustible à faible teneur en carbone. 

Comment le GNR est-il utilisé actuellement et vers où s’en va-t-il?

Nous sommes témoins d’une croissance impressionnante en matière de projets – le secteur est présentement en pleine effervescence. Actuellement, des règlements et incitatifs gouvernementaux sont mis en place pour promouvoir la production de GNR à partir de matières résiduelles et contribuer à la décarbonisation du secteur des transports grâce à son utilisation comme carburant pour les véhicules. Cependant, nous voyons de plus en plus une tendance vers la décarbonisation des services publics de gaz naturel par l’ajout de mélanges de GNR et/ou d’hydrogène renouvelable dans les gazoducs.

Au fur et à mesure que nous avançons, nous pouvons prévoir les règlements et les incitatifs concernant le GNR et ainsi continuer à favoriser la réduction des émissions issues des secteurs de l’énergie. Les services publics de gaz naturel et les producteurs de combustible comprennent le besoin de réduire les émissions de carbone et de décarboniser les services publics distribués. Des cibles et des projets pour mélanger un pourcentage de gaz naturel au GNR sont mis en place. Les consommateurs sont aussi davantage en faveur de diminuer leur propre utilisation de carbone. Par conséquent, le GNR présente des avantages pour tout le monde, et devrait poursuivre sa montée.

Quelles sont les plus grandes possibilités du GNR?

Inévitablement, une société produira des matières résiduelles qui libèrent naturellement du méthane et du CO2 en surface pendant le processus de décomposition. Nous avons cependant les capacités et la responsabilité de capter ce méthane de nos flux de déchets sous forme de GNR, afin d’éviter qu’il soit rejeté dans l’atmosphère. Nous pouvons alors l’utiliser comme source d’énergie propre qui s’intègre parfaitement à notre infrastructure existante. Le GNR agit à titre de complément aux autres sources d’énergies renouvelables en raison de sa capacité à être stocké, distribué et combiné à différentes ressources en combustibles, chaleur et production d’énergie. Ceci nous permet d’obtenir de l’énergie fiable et durable d’une manière qui favorise l’économie circulaire. La plus grande possibilité du GNR est d’aider à la décarbonisation du secteur des combustibles. Nous utilisons le GNR pour réduire les émissions et atteindre les objectifs de carboneutralité.

Des scores d’intensité carbone négatifs avec le biogaz issu des matières résiduelles du secteur agricole

Le secteur agricole génère une quantité importante de déchets organiques comme les résidus de culture, les déchets alimentaires et le fumier. La production de GNR permet aux éleveurs de bétail de monétiser ces déchets en les convertissant en source d’énergie pour leur fournir des revenus supplémentaires. L’un des défis de la carboneutralité est le besoin de générer des combustibles renouvelables et de l’énergie à faible teneur en carbone; la mesure de la quantité totale d’émissions de carbone divisée par le nombre total d’unités de production ou le montant total de l’activité économique. Le biogaz issu des matières résiduelles du secteur agricole a un score d’intensité carbone négatif, faisant de lui un outil important pour instaurer une production efficace d’énergie à faible taux de carbone relativement aux émissions produites.

La gestion des matières résiduelles et l’économie circulaire

La production de GNR requiert l’utilisation de déchets organiques qui autrement seraient dirigés vers des sites d’enfouissement, libérant des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Lorsque nous utilisons ces flux de déchets comme matière première pour la production de GNR, nous ne réduisons pas seulement la quantité de déchets, mais les transformons également en une ressource précieuse, contribuant ainsi à l’économie circulaire. Mais ce n’est pas tout – il est possible d’extraire de la valeur des nutriments contenus dans les déchets restants. La gestion des nutriments est possible grâce à la biométhanisation. Par ce processus, nous pouvons convertir les nutriments en engrais et ainsi, les réintégrer au cycle d’agriculture.

Quels sont certains des défis posés par le GNR?

L’une des principales problématiques en lien avec le GNR est son coût de production. Actuellement, son prix est de cinq à dix fois supérieur à celui du gaz naturel conventionnel, et cet écart entre le coût et le prix est l’un des obstacles à l’adoption du GNR à grande échelle. Cependant, les entreprises et les communautés ne doivent pas s’attarder au seul aspect monétaire des projets. Il y a bien sûr un coût associé à la production de GNR, mais l’inaction a également un coût. Nous devons considérer le GNR différemment, en tenant compte de l’urgence – même s’il est difficile de détecter ce besoin urgent d’agir puisque les émissions de gaz sont invisibles.

Relever le défi invisible

Lorsqu’un phénomène est difficilement visible à l’œil nu, le public peut avoir tendance à l’ignorer. Par exemple, lorsqu’il est question de gestion des matières résiduelles ou des eaux usées, nous comprenons que les déchets sont tangibles; nous devons trouver des solutions pour les gérer faute de quoi nous devrons composer avec un gros problème. Il y a des coûts associés à la gestion des matières résiduelles et la population comprend les implications financières d’un tel programme lorsqu’elle voit une facture ou un relevé d’impôts. Les émissions de méthane ou toute autre émission causée par l’activité humaine sont similaires dans le sens où nous serons aux prises avec un gros problème si nous n’agissons pas activement pour les réduire. Mais les gens sont sceptiques quant à la nécessité ou à la pertinence d’entreprendre des projets liés à l’environnement, principalement en raison des coûts qui s’y rattachent. En tant que société, nous devons partager la responsabilité des coûts associés à la réduction des émissions, comme capter le méthane des déchets produits par nos propres activités. L’aborder comme étant une façon de gérer les « émissions de déchets » sensibiliserait la population à la situation et à l’origine des coûts associés.

Selon notre étude de recherche mondiale ONDE DE CHOC, 67 % des leaders du secteur de l’énergie en Amérique du Nord indiquent que l’opposition des communautés est l’un des principaux obstacles à l’approbation des nouveaux projets. Le succès de la diversification et de la transition énergétiques repose sur un important développement des infrastructures. Il est donc crucial d’avoir l’appui des communautés locales. Cela nécessitera des conversations honnêtes et authentiques sur les réalités entourant la mise au point de systèmes plus résilients et capables de résister aux chocs météorologiques, notamment une discussion sur l’étendue de la transition et des coûts engendrés.

« Il est de notre ressort, en tant que spécialistes de l’industrie, de participer à l’éducation de la société sur les bienfaits du GNR pour les aider à comprendre le besoin d’agir maintenant, ainsi que notre obligation à concrétiser des projets durables afin de façonner notre planète pour la prochaine génération. », déclare Amir.

Là où le GNR devient rentable

Bien que certains incitatifs existent sur le marché pour favoriser les projets de GNR et fournir un flux de revenus au producteur, notre attention ne devrait pas seulement se porter sur les revenus générés lorsque l’on considère ces projets, et nous devrions éviter d’écarter des projets uniquement parce que le retour sur l’investissement d’un projet ne répond pas aux attentes des investisseurs. Le captage du méthane et sa conversion en GNR entraînent inévitablement des coûts. Les gens vont souvent accorder de l’importance à l’aspect économique lors de discussions entourant la mise en œuvre d’un projet nécessitant des investissements en infrastructures, comme les digesteurs anaérobies. Cependant, il est essentiel de considérer les potentielles répercussions négatives sur l’environnement si de telles initiatives ne sont pas mises sur pied. Le fait de ne pas mettre en œuvre des projets bénéfiques pour l’environnement peut avoir des conséquences négatives, comme l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, la pollution et la dégradation continue de notre écosystème. Il est donc essentiel de trouver un équilibre entre les considérations économiques et les préoccupations environnementales afin d’assurer la durabilité et la santé de notre planète. Nous ne devons pas nous contenter de regarder la rentabilité d’un projet – c’est notre devoir.

Bien que les technologies ne soient pas encore suffisamment mûres pour réduire le coût de production, on s’attend à ce que les coûts diminuent au fil du temps avec la production de masse et l’exploitation des avantages de l’économie d’échelle. D’ici là, le rôle d’établir des réglementations qui soutiennent les projets écologiques revient au gouvernement. La société devra aussi se responsabiliser en réduisant les déchets et les émissions tout en étant prête à assumer les coûts inhérents à ces efforts. En travaillant tous et toutes ensemble à l’atteinte de ces objectifs, nous pouvons avoir des répercussions positives sur l’environnement et favoriser un avenir durable pour les générations à venir.

Quelles sont vos aspirations dans le cadre de votre nouveau rôle de responsable du GNR?

J’ai commencé en tant qu’ingénieur des procédés où j’ai découvert le GNR en tant que technologie. Lorsque j’ai réalisé que je pouvais utiliser mon expertise et ma formation pour participer à la transition énergétique, c’est devenu une véritable passion. J’ai pu contribuer à l’optimisation des processus afin d’améliorer la production de GNR et à la mise en œuvre de projets de valorisation énergétique des matières résiduelles. Je suis convaincu de l’importance des énergies renouvelables dans le futur paysage énergétique. Lorsque j’ai vu les premiers projets réalisés en Europe, et que j’ai pu constater leurs bénéfices pour la société, j’ai été impressionné. Cette expérience a changé ma vision des projets et m’a incité à poursuivre ma carrière, mes apprentissages et mes contributions dans ce domaine.

En travaillant à mettre au point des solutions, j’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec plusieurs firmes d’expertise-conseil en génie, dont GHD. Selon moi, le niveau d’expertise, de talent et de connaissances au sein de cette équipe est inégalé sur le marché. Je n’ai jamais vu un tel niveau d’expertise ailleurs au cours de ma carrière. Ils ont le regard tourné vers l’avenir et s’y projettent. Ils ne se concentrent pas seulement sur les projets en cours, mais cherchent à changer nos façons de faire pour améliorer la qualité de vie de la société, particulièrement lorsqu’il est question de décarboniser le secteur de l’énergie. J’ai confiance en ma nouvelle équipe, en notre message et notre mission, et je me réjouis de faire partie de cette aventure.

Faites la connaissance de l’auteur

Amir Ghasdi se joint à nous en tant que responsable national du GNR. Il a passé les 20 dernières années de sa carrière à occuper les postes d’ingénieur des procédés, de responsable technique et de responsable de marché des énergies renouvelables. À titre de responsable du GNR chez GHD, il se concentrera sur le marché du GNR dans toute l’Amérique du Nord; il aidera les clients à gérer leur portefeuille de projets de GNR, du concept à l’exploitation. 

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